Le Christ du Carmel : devant Dieu pour tous

Thérèse d'Avila

Thérèse d'Avila

Teresa de Ahumada est née le 28 mars 1515 et l’Ordre du Carmel, après cins ans de préparation, célèbre le 5ème centenaire de sa naissance par une Année jubilaire, du 15 octobre 2014 au 15 octobre 2015.

Je suis à vous, pour vous je suis née,
Que voulez-vous faire de moi ?

Je suis vôtre, car vous m’avez créée,
Vôtre, car vous m’avez rachetée,
Vôtre, car vous m’avez supportée,
Vôtre, car vous m’avez appelée,
Vôtre, car vous m’avez attendue,
Vôtre, car je ne me suis pas perdue,

Que voulez-vous faire de moi ?

L'oncle de Thérèse la ramenant avec son frère

« Vous m’avez supportée… ». La vie de Thérèse n’a pas été un fleuve tranquille.

Petite fille passionnée, très aimée de ses parents et de ses neuf frères et sœurs, elle comprend que le moyen le plus court pour aller au ciel, c’est le martyre. Et elle entraîne son frère Rodrigo, de quatre ans son aîné, dans une fugue au pays des Maures, dans l’espoir de se faire couper la tête : c’est perdre peu pour gagner un bonheur qui doit durer « toujours, toujours, toujours… » !
Déjà l’habite cette intuition fondamentale : n’a de valeur que ce qui dure TOUJOURS. Un oncle rattrape les futurs martyrs, et l’aventure se termine par une semonce, mais Thérèse se défend : « Je veux voir Dieu, et pour voir Dieu, il faut mourir ! »

Vue sur les remparts d'Avila

Vient l’adolescence et les romans de chevalerie qu’elle dévore lui donnent le goût d’autres aventures. Sa maman meurt alors qu’elle a treize ans. Elle se tourne vers la Vierge et lui demande d’être sa Mère. Mais Thérèse se voit livrée à elle-même au moment où elle devient une jeune fille pleine de charme, entourée de frères et de cousins qui l’adorent… Elle cherche à plaire, s’adonne « à toutes sortes de vanités », elle brille et elle captive… au point que son père prend peur et décide de la mettre en pension chez les sœurs Augustines.

Il ne lui faudra que huit jours pour se remettre du choc, du chagrin de la séparation, et de l'ennui d'être dans un couvent. Très vite elle éprouve une sorte de libération par rapport aux plaisirs superficiels qui la retenaient. Elle retrouve, dit-elle, « la verdad de cuando niña » : « la vérité de quand j'étais petite » , c'est-à-dire le goût des choses éternelles. Elle se pose aussi la question de son avenir, et - pourquoi pas - de la vie religieuse. A vrai dire elle n'est pas attirée par un élan d'amour, mais elle pense que c'est l'état le plus sûr pour elle, qui se sent faible et risque de se perdre dans la vie mondaine.

Le Carmel de l'Incarnation

C'est ainsi qu'à 20 ans, elle se fait violence pour entrer au Carmel de l’Incarnation. Thérèse commence avec ferveur, elle commence à goûter la tendresse de Dieu, mais sa santé se ressent de la violence qu’elle s’est faite, elle tombe gravement malade et le restera toute sa vie. Son père l’emmène chez une guérisseuse … dont les remèdes achèvent de la tuer. Effectivement on la tient pour morte, mais après trois jours de coma, elle ouvre les yeux et demande à revenir au monastère. C'est une nouvelle étape qui commence. Pendant trois ans elle demeurera quasi paralysée, mais elle n'est plus la même : en allant voir la guérisseuse, elle s'est arrêtée chez son oncle qui lui a prêté un livre sur l'ORAISON : sa vie en sera transformée.

Le cloître du Carmel de l'Incarnation

L'ORAISON, rencontre avec Dieu dans la prière silencieuse, deviendra la source d'une vie nouvelle, une vie d'amour, de plus en plus visitée par les grâces étonnantes du Seigneur Jésus infiniment proche et généreux. Mais là encore, il faudra du temps... Une fois revenue à la santé, une très petite santé, Thérèse se laisse prendre par des distractions apparemment inoffensives et couramment admises dans le monastère. Il y a là 150 ou 180 femmes, beaucoup sont entrées au couvent parce qu'elles n'ont pas trouvé de mari (comme les frères de Thérèse, presque tous les jeunes hommes d'Avila sont partis au Nouveau Monde !), et qui passent la vie comme elles peuvent, selon la fortune de la famille et la qualité des relations. Thérèse, brillante et intelligente, est la coqueluche des visiteurs. Et la voilà partagée, puis de plus en plus déchirée entre Dieu qui l'appelle dans l'oraison et tous ces amis qui occupent son temps et son coeur... « J’ai passé plus de vingt ans sur cette mer orageuse, tombant et me relevant » ... écrira-t-elle. Vingt ans de combats.

Le Christ couvert de plaies

Elle a près de 39 ans lorsqu'un jour, entrant dans un oratoire, elle voit une image représentant le Christ de la Passion, couvert de plaies et de sang. Le coeur de Thérèse se brise, elle réalise son ingratitude pour tant d'amour, elle éclate en sanglots et supplie le Seigneur de lui donner la force de ne plus l'offenser.

A dater de ce jour, c'est une vie nouvelle. Peu à peu elle évite tout ce qui peut la détourner de Dieu, et il répond magnifiquement en la comblant de grâces, de force, et même de visions et d'extases. Alors les critiques pleuvent sur elle : n'est-elle pas une illuminée, bonne à être dénoncée à l'Inquisition ? Il faudra que deux saints prennent sa défense : François de Borgia et Pierre d'Alcantara. Thérèse, elle, devient de plus en plus humble et patiente.

Elle voudrait n'être pas remarquée, et en même temps elle voudrait « faire quelque chose pour Dieu » : « L'amour quand il est grand, ne peut rester sans agir... ». Elle brûle d'aider l'Église, elle apprend « les malheurs de la France » déchirée par les guerres de religion : elle ne juge pas, elle souffre, elle prie, elle en parle avec quelques amies, et c'est ainsi que le Seigneur lui inspire la fondation d'un petit monastère où il n'y aurait que treize sœurs - pour ressembler au collège des Apôtres autour de Jésus.

Le Carmel de Saint Joseph

Un petit groupe de « volontaires» pour faire renaître la ferveur des premiers frères ermites du Mont Carmel, dans une vie exigeante, fraternelle et joyeuse, centrée sur la prière continuelle pour l'Église, particulièrement les prêtres et les théologiens, pour les chrétiens désunis et pour « le monde en feu » . Avec mille difficultés, elle fonde le premier Carmel réformé en 1562, et le dédie à Saint Joseph, son grand ami.

Thérèse prend désormais le nom de THERESE DE JESUS, car elle n'appartient plus qu'à lui et ne veut plus d'autre titre de noblesse ! Elle passera cinq ans à St Joseph d'Avila, et c'est là qu'elle entendra un missionnaire lui confier les milliers d'Indiens qu'il avait vus au Nouveau Monde. De nouveau elle est brûlée du désir de faire davantage pour les gagner au Seigneur, et c'est alors que le Général de l'Ordre lui ordonne de fonder autant de monastères qu'elle pourra...

Ainsi le Seigneur la lançait sur les routes : elle devait fonder quinze monastères entre 1567 et 1582. Dans des chariots cahotants, toujours malade et toujours joyeuse, avec d'incroyables péripéties, elle sillonne la Castille et l'Andalousie, au milieu d'obstacles apparemment insurmontables, sans compter les soucis d'argent, les critiques et les jalousies.

Avec l'aide de saint JEAN DE LA CROIX, elle réussira aussi à réformer les Carmes, et avec lui elle essuiera une véritable tempête de dénonciations et de persécutions de la part de ceux qui ne voulaient pas de cette Réforme... Mais rien ne pouvait plus altérer sa paix, fondée sur une union continuelle au Seigneur.

Coucher de soleil

C'est au cours d'un voyage qu'elle meurt, à 67 ans. Arrivée à grand peine au Carmel d'Alba, fin septembre 1582, elle dut s'aliter. Cette fois elle est au bout : « Il est temps de nous voir, mon Aimé, mon Seigneur. Il est temps de nous mettre en route. Partons, c’est l’heure... » . Plusieurs fois elle répéta : « Seigneur, je suis fille de l’Église » , le seul titre dont elle voulait se prévaloir... Et elle part rejoindre son Seigneur le soir du 4 octobre 1582.

 

Thérèse : une femme étonnante

L'aventure de l'oraison

Je suis vôtre

Statue de sainte Thérèse d'Avila

« Que voulez-vous faire de moi ?
Vous voyez ici mon cœur,
Je dépose sur la paume
de votre main
Mon corps, ma vie et mon âme,
Mes entrailles et mes affections,
Doux époux, ma rédemption
Puisque je me suis offerte
à vous
Que voulez-vous faire de moi ?

Remise de soi lors de la profession solennelle

Donnez-moi la mort,
donnez-moi la vie :
Donnez-moi la santé
ou la maladie,
Honneur ou déshonneur
donnez moi.
Donnez-moi la guerre,
ou une paix accrue,
La faiblesse,
ou la force accomplie,
Puique à tout je dis oui.
Que voulez-vous faire de moi ? »

Fac simile du signet de Thérèse

« Que rien ne te trouble,

Que rien ne t'épouvante,

Tout passe,

Dieu ne change pas.

La patience obtient tout.

Celui qui possède Dieu

ne manque de rien.

Dieu seul suffit ! »

Les fondations

Cartes des carmels fondés par Sainte Thérèse

1562 : Avila, Saint Joseph
1567 : Medina del Campo
1568  : Malagon
1568 : Valladolid
1569 : Tolède
1569 : Pastrana
1570 : Salamanque
1571 : Alba de Tormès
1574 : Ségovie
1575 : Beas de Segura
1575 : Séville
1576 : Caravaca
1580 : Villanueva
1580 : Palencia
1581 : Soria
1582 : Burgos